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Synthèse 101 : La Méthode Hydrothermale

La gemmologie est l’étude des gemmes, des minéraux précieux et semi-précieux utilisés principalement en joaillerie. Parmi les sujets fascinants de cette science, la synthèse des gemmes occupe une place particulière (j’adore ça!). La synthèse des pierres précieuses permet de créer en laboratoire des gemmes ayant des propriétés physiques, chimiques et optiques semblables à celles des pierres naturelles.

Une des méthodes les plus utilisées pour la synthèse des gemmes est la méthode hydrothermale. C’est avec celles-ci que vous trouverez la très grande majorité des quartz synthétiques ainsi qu’une bonne partie des béryls, dont l’émeraude. Elle sert également pour le corindon mais reste à l’écart par rapport à la méthode Verneuil.

Je vais essayer de vous l’expliquer au mieux !

5 cristaux de berlinite transparents incolores  synthétique crées par methode hydrothermale
Berlinite synthétique par méthode hydrothermale – DMGualtieri, CC BY-SA 3.0

La méthode hydrothermale est un procédé de croissance des cristaux dans une solution aqueuse sous haute température et pression. Elle s’inspire des conditions naturelles de formation de certains minéraux dans les profondeurs de la Terre, où des solutions hydrothermales (eau chaude chargée de minéraux dissous) déposent des cristaux en refroidissant. C’est le procédé de formation naturel principal des quartz par exemple.

Au 19e siècle, la technologie hydrothermale s’est concentrée sur la synthèse de minéraux comme les cristaux de quartz, avec des innovations telles que les autoclaves en acier et les doublures en or, permettant de synthétiser plus de 80 espèces minérales. Les pays européens étaient à l’avant-garde de cette recherche.

Au début du 20e siècle, des centres comme le Laboratoire géophysique de l’Institut Carnegie aux États-Unis, avec des chercheurs comme Bowen, Morey et Niggli, ont fait des avancées significatives dans les études sur les équilibres de phases et la solubilité de l’eau.

Les années 1950 ont vu l’introduction d’appareils polyvalents et une domination japonaise dans la croissance des cristaux de quartz, tandis que l’Union soviétique se concentrait sur la synthèse de nouveaux composés.

Dans les années 1970, malgré des défis pour la croissance de gros cristaux, la recherche hydrothermale a exploré de nouvelles méthodes et s’est diversifiée, avec le Japon en tête de la recherche moderne, contribuant à des applications variées dans les sciences contemporaines.

De nos jours, la méthode hydrothermale est toujours au coeur des recherches au dela du monde des cristaux. elle est toujours utilisée pour synthétisée une partie des béryls synthétiques et en particulier l’émeraude, certains corindons et la totalité des quartz (à l’exception des quartz polycristallins comme les calcédoines).

La méthode hydrothermale est une technique fascinante utilisée pour créer des cristaux en laboratoire, imitant les conditions naturelles de formation des gemmes. Explorons cette méthode étape par étape, avec des détails adaptés à différents types de cristaux comme le quartz, l’émeraude et le corindon (rubis et saphir).

La première étape de la méthode hydrothermale consiste à préparer une solution riche en minéraux. Pour le quartz, par exemple, une solution saturée en silice (SiO?) est utilisée, tandis que pour l’émeraude, la solution de béryl doit contenir du silicium, du béryllium, et des traces de chrome ou de vanadium. Le corindon (rubis et saphir), quant à lui, nécessite une solution d’alumine (Al?O?) avec des additifs comme le chrome pour les rubis et le fer ou le titane pour les saphirs. Des substances alcalines comme NaOH ou KOH sont ajoutées à ces solutions pour augmenter la solubilité des minéraux.

Une fois la solution préparée, elle est placée dans un autoclave. Un autoclave est un récipient en acier capable de supporter des températures et des pressions élevées. Il est divisé en deux zones : la zone de dissolution, située en bas, où la température est plus élevée pour dissoudre le matériau source, et la zone de croissance, située en haut, où la température est légèrement plus basse pour permettre la précipitation et la croissance des cristaux.

Pour que les cristaux puissent se former, il faut préparer des nutriments et des germes. Le matériau source, comme des cristaux naturels broyés, est placé dans la zone de dissolution. De petits cristaux, appelés germes, sont placés dans la zone de croissance. Ces germes servent de base pour la croissance des nouveaux cristaux.

Le cœur de la méthode hydrothermale est la croissance des cristaux, qui se déroule sur plusieurs semaines voire mois. À haute température, les minéraux se dissolvent dans la solution alcaline de la zone de dissolution. La solution enrichie en minéraux monte vers la zone de croissance, où la température plus basse favorise la précipitation des minéraux dissous sur les germes. La croissance des cristaux peut durer de plusieurs jours à plusieurs mois, selon la taille et la qualité souhaitées. Chaque type de cristal nécessite des conditions spécifiques de température et de pression.

La méthode hydrothermale nécessite une gestion rigoureuse des ressources, car le processus est énergivore. Les autoclaves consomment beaucoup d’électricité pour maintenir des conditions stables de haute température et de haute pression. Les innovations technologiques visent à améliorer l’efficacité énergétique des autoclaves, réduisant ainsi les coûts et l’empreinte environnementale.

Pour garantir des cristaux de haute qualité, un contrôle strict est nécessaire. Les conditions contrôlées minimisent les inclusions et les défauts dans les cristaux. La méthode permet de produire des cristaux d’une grande uniformité, souvent supérieure à celle des pierres naturelles.

Chaque type de cristal a ses spécificités en termes de conditions de synthèse et d’application.

  • Utilisation : Utilisé en joaillerie et en électronique pour ses propriétés piézoélectriques.
  • Conditions : Température de 300 à 400°C, pression de 1 000 à 3 000 bars.
  • Durée : 1 à 3 mois.
cristal de quartz synthétique crée par méthode hydrothermale et irradié pour en faire un quartz fumé. il est marron gris et translucide
Quartz synthétique par méthode hydrothermale, irradié pour créer un quartz fumé – Jan helebrant, CC BY-SA 2.0
  • Utilisation : Prisée en joaillerie pour sa couleur vive et sa clarté.
  • Conditions : Température de 400 à 600°C, pression de 700 à 1 500 bars.
  • Durée : 2 à 6 mois.
pierre verte d'émeraude synthétique taillée sur fond neutre pour illustrer une pierre précieuse verte
Émeraude synthétique – Photo © par Lauréline Colliard FGA

Durée : 1 à 4 mois.

Utilisation : Utilisé en joaillerie et dans des applications industrielles comme les lasers.

Conditions : Température de 500 à 700°C, pression de 1 000 à 1 500 bars.

6 cristaux de rubis rouge synthétique crés par méthode hydrothermale
Rubis synthétique de méthode hydrothermale – U.Name.Me, CC BY-SA 4.0
  • Qualité : Les cristaux synthétisés sont souvent de très haute qualité, avec peu d’inclusions et de défauts.
  • Taille : Elle permet de produire de grands cristaux.
  • Varieté : Elle permet de synthétiser diverses gemmes avec des propriétés spécifiques.
  • Coût : Le processus est coûteux en raison des équipements nécessaires et de la consommation d’énergie.
  • Temps : La croissance des cristaux peut être lente.
  • Conditions spécifiques : Les conditions précises de température et de pression doivent être strictement contrôlées.

Les gemmes hydrothermales sont couramment utilisées en joaillerie pour créer des bijoux abordables tout en maintenant une haute qualité esthétique. Elles trouvent également des applications industrielles, notamment dans l’électronique, où le quartz synthétique est utilisé pour ses propriétés piézoélectriques.

L’évolution des méthodes synthétiques à également donné la possibilité aux consommateurs et créateurs de se passer des gemmes naturelles qui sont non renouvelables et souvent au cœur de polémiques sociales et environnementales.

trois gemmes taillées en rond brillant et posé sur leur table à l'envers. la premiere est bleue et transparente et est un saphir synthétique par la méthode verneuil. le deuxieme est rouge et transparent et est un rubis par méthode verneuil et le troisieme est vert et transparent et est une émeraude par méthode hydrothermale
Saphir et rubis synthétiques (méthode verneuil) et émeraude synthétique (méthode hydrothermale) – Grendelkhan, CC BY-SA 3.0

Identifier les gemmes synthétiques est important pour différencier les vraies pierres des fausses. Voici comment distinguer les émeraudes, les rubis et les saphirs, ainsi que les quartz synthétiques, et ce qu’ils représentent sur le marché.

  • Les béryls naturels ont souvent des inclusions distinctives et les émeraudes sont rarement pures, tandis que les synthétiques ont des inclusions différentes (en forme de tête de clou ou de zig-zag) et seront majoritairement très pures.
  • La couleur des béryls naturels varie, tandis que les synthétiques peuvent avoir une couleur uniforme, propre et saturée.
  • Les béryls synthétiques sont courants sur le marché, surtout pour l’émeraude. Elles souvent utilisées comme alternative aux pratiques minières et pour des pierres plus pures et abordables.
  • Les corindons crées par synthèse vont être généralement très purs. ils peuvent montrer des stries très géométriques et des zones de couleur marquées.
  • Les corindons synthétiques auront majoritairement des couleurs très pures et uniformes. toutes les couleurs sont possibles pour le saphir fantaisie, sauf le rouge car ce serait alors un rubis.
  • Les corindons synthétiques, comme le saphir et le rubis, sont courants sur le marché. Ils souvent utilisées comme alternative aux pratiques minières et pour des pierres plus pures, plus colorées et abordables.
  • Les quartz naturels sont généralement purs. les synthèses sont difficilement identifiables sans tests scientifiques plus poussés et plus onéreux.
  • Les couleurs du quartz synthétique comme l’améthyste seront très saturées et très propres
  • Les quartz synthétiques sont courants sur le marché mais il est difficile de quantifier leur présence du à la difficulté à les identifier. Ils représentent une alternative aux pratiques minières et sont généralement abordables.

1. Quelle est la différence entre une gemme synthétique et une gemme naturelle ? Les gemmes synthétiques sont créées en laboratoire et possèdent les mêmes propriétés chimiques, physiques et optiques que leurs homologues naturelles, mais elles sont produites en contrôlant les conditions de croissance.

2. Les gemmes hydrothermales sont-elles aussi précieuses que les gemmes naturelles ? La valeur des gemmes hydrothermales est généralement inférieure à celle des gemmes naturelles en raison de leur origine artificielle. Cependant, leur qualité peut être équivalente ou supérieure en termes de pureté et de couleur.

3. Quelles gemmes peuvent être synthétisées par la méthode hydrothermale ? Parmi les gemmes couramment synthétisées par cette méthode, on trouve le quartz, l’émeraude, l’améthyste, le rubis et le saphir.

Handbook of Hydrothermal Technology: A Technology for Crystal Growth and Materials Processing
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Gemmologue FGA, diplômée de la prestigieuse académie londonienne Gem-A (et ancienne lead animatrice 3D dans le Jeu Vidéo). Ses domaines de prédilection sont la recherche, l'éthique des pierres, de leurs impacts environnementaux et sociaux, ainsi que la protection et l'éducation des acheteurs et amis des pierres.

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